Dans les médias

Le goût du bonheur dans un champ d’ail

RENÉE LAURIN

Mercredi, 10 décembre 2014 18:27MISE à JOUR Mercredi, 10 décembre 2014 18:31

Édith Lachapelle ne travaille pas. Elle joue. Depuis presque 20 ans, elle s’amuse à faire pousser des plantes médicinales sur ses terres de Saint-Liguori.

Avec le temps, l’ail est devenu son jouet préféré, une véritable passion. Elle le bichonne et le transforme pour en faire des assaisonnements tout en raffinement qu’elle emballe soigneusement dans de jolis pots métalliques.

Quand je suis sur mon tracteur, je resplendis de bonheur, raconte celle qui a tout abandonné à l’âge de 33 ans (chum, travail, maison et animaux), pour se construire une nouvelle vie. De secrétaire, elle est devenue agricultrice et femme d’affaires. «Travailler entre quatre murs ne me ressemblait pas du tout, dit Édith. Je voulais jouer dehors!»

De la fenêtre de son bureau à Joliette, elle voyait cette dame s’amusant à entretenir les platebandes municipales. Le plus beau métier du monde, se disait-elle à l’époque. «Je me suis vue en elle», se souvient Édith. Peu de temps après, elle a commencé des études en horticulture avec une spécialité en herboristerie. Au départ, elle voulait apprendre à cultiver des plantes pour soigner les animaux.

«Les humains, c’est plus compliqué à soigner. Ils ont des préjugés et s’abandonnent moins facilement», croit-elle. C’est en désherbant le jardin d’une herboriste où poussait de l’ail à profusion qu’elle a eu un coup de foudre pour cette plante à bulbe que plusieurs considèrent comme l’aliment médicament par excellence.

«Je me suis mise à genoux pour commencer à travailler et j’ai eu une révélation. C’est comme si l’ail m’avait choisie. Je savais que je ne pourrais pas cultiver autre chose.»

La recette du succès

Dans sa première maison louée, à Saint-Jacques, elle cultive ses premiers rangs d’ail et s’amuse à recevoir ses amis avec des spaghettis à l’ail. L’idée de faire de la transformation pour mieux gagner sa vie prend forme. C’est en 1997 que naît son entreprise, À fleur de pot.

À cette époque, elle met au point la recette de sa succulente tartinade à l’ail (un beurre à l’ail) qu’elle vient tout juste de mettre en marché (près de 20 ans plus tard) dans de séduisants tubes colorés. «Cette recette, c’est la réalisation d’une vie pour moi. J’avais un emballage en tête, mais pas assez d’argent pour réaliser mon projet. J’en donnais à mes amis, mais j’ai toujours gardé ma recette pour moi. Je savais que ce serait un succès et ça l’est. Ça sort à coup de deux!

Dans sa coquette maison de campagne de Saint-Liguori, achetée et rénovée il y a huit ans, elle popote et invente de nouveaux produits en attendant que la vie lui envoie le vétérinaire qui voudra bien l’aider à mettre au point une nourriture à base d’ail pour soigner les animaux.

D’ici là, elle se dit qu’elle contribue à sa façon au mieux-être des humains en leur proposant mille et une façons d’ajouter facilement un peu d’ail à leur alimentation quotidienne.

 

 

AGRICULTURE

Édition du 9 juillet 2016

TRAITÉ AUX PETITS OIGNONS

MARIE-EVE MORASSE - LA PRESSE

SAINT-LOUIS, Montérégie — Quand Lucie Forcier et Pierre Lazure ont acheté une belle maisson de campagne, en 2009, ils avaient en tête d’utiliser la terre incluse dans la vente lorsqu’ils prendraient leur retraite.

Quatre ans plus tard, coup du destin : Lucie se retrouve sans emploi après 26 ans dans la même entreprise.

D’autres auraient été découragés de se retrouver ainsi sans emploi. Lucie Forcier a plutôt vu dans tout ce temps retrouvé l’occasion de cultiver la terre avant la retraite.

« On avait une belle preuve de concept dans le jardin derrière la maison », dit Pierre, son expression trahissant du même coup son métier d’informaticien.

Le couple y faisait pousser de l’ail avec succès, si bien qu’il a exporté la culture de l’autre côté de la route, sur une terre qui n’avait pas été cultivée depuis un quart de siècle. « On a quatre enfants, on est tous les deux gestionnaires en informatique, on est habitués d’être occupés », dit Lucie Forcier.

Trois ans plus tard, la production d’Ail Bercail est passée de 300 à 15 000 bulbes.

« Ils ont une patience d’ange », dit d’eux leur voisin cultivateur Paul qui, à son tour, récolte les éloges du couple pour l’aide qu’il leur fournit. L’automne, au moment de planter, tout se fait à la main. Même chose pour le désherbage lorsque les tiges sortent au début de l’été.

UNE PLANTE EXIGEANTE

Avec 200 000 bulbes produits chaque année, Édith Lachapelle est l’une des productrices les plus prolifiques de la province. Elle cultive dans Lanaudière depuis 17 ans, résultat d’une « passion de jouer dehors ». Son entreprise s’appelle À Fleur de pot.

L’ail du Québec est de plus en plus connu, dit-elle, si bien que l’offre devra s’efforcer de suivre la demande.

« Ne devient pas producteur d’ail qui veut. Ça prend beaucoup de persévérance avec l’ail. C’est une plante qui est exigeante. Tout est fait à la main. »

— Édith Lachapelle, productrice d’ail

Plus d’une centaine de producteurs d’ail du Québec sont regroupés depuis trois ans dans l’association Ail Québec, dont l’un des objectifs est de montrer que l’ail d’ici a des avantages par rapport à l’ail importé de Chine, d’Argentine ou d’Espagne. On insiste notamment sur le fait que bien des producteurs québécois sont certifiés ou visent la certification biologique.

UN PRODUIT FRAIS

Les avantages de l’ail du Québec par rapport à l’ail de la Chine, Édith Lachapelle les répète inlassablement depuis près d’une vingtaine d’années.

« Je dis souvent que l’ail de Chine, souvent mou et déjà germé, est mort quand il arrive chez nous. Ça ne se compare en rien avec l’ail du Québec. Juste à l’odeur, on s’en rend compte », dit-elle.

L’ail du Québec étant plus digestible, plus goûteux, plus dense, il n’y aurait donc que sur le plan financier que l’ail de Chine l’emporterait, puisqu’il se vend moins cher au supermarché.

L’argument irrite Édith Lachapelle.

« Un sachet qui renferme quatre bulbes d’ail de Chine est plus léger qu’une seule tige d’ail du Québec… Faut le répéter : quand tu manges ce que ton voisin fait, tu sais comment c’est fait… »

— Édith Lachapelle, productrice d’ail

À savoir : même produit au Québec, le bulbe d’ail peut réserver des surprises. « L’ail est beaucoup plus fragile qu’une pomme, dit l’agricultrice. Il y a tellement de peau que tout est caché à l’intérieur, donc une gousse peut sembler belle, mais elle est vide à l’intérieur. »

DE LA FLEUR AUX GOUSSES

Tant chez Ail Bercail que chez À Fleur de pot, c’est la variété Music, qui résiste bien au climat québécois, qui est cultivée. « C’est un ail dont la tige est dure et qui produit au maximum quatre ou cinq caïeux », explique Édith Lachapelle.

L’ail est plus complexe qu’il ne le donne à penser. En plus du bulbe, qui se terre bien au frais jusqu’à la récolte au milieu de l’été, sa tige, appelée la fleur d’ail, se mange dès le début de la saison estivale. Deux petits tours sur elle-même suffisent à savoir qu’elle est prête à être mangée. Un secret encore assez bien gardé.

« Quand on a fait notre premier kiosque, en juin 2014, on vendait seulement de la fleur d’ail ! On avait juste ça à offrir, on se demandait comment on allait vendre ça… », se souvient Lucie Forcier. Et pourtant, à force d’explications sur l’art de l’apprêter, tout est parti.

Une fois que la fleur d’ail est coupée, cela favorise le développement d’un bulbe plus gros, qui sera recueilli environ un mois plus tard. On le fait sécher quelques semaines, puis l’ail du Québec se retrouve sur les étals des marchés au plus tard en août.

Dans leur champ qui borde la rivière Yamaska, Lucie Forcier et Pierre Lazure regardent leurs plants avec une fierté certaine. L’été et l’automne s’annoncent occupés. Lucie a recommencé à travailler, et tous leurs temps libres des prochains mois seront consacrés à cultiver l’ail.

À voix haute, Pierre Lazure se projette dans l’avenir. « Le but, c’est de se tenir en forme, puis d’arriver à se payer un petit luxe, un ou deux voyages l’hiver… » Lucie Forcier coupe court à la rêverie. « On n’est pas rendus là ! » Qu’importe si les voyages viennent beaucoup plus tard, pour l’instant l’ail, c’est leur « bonheur ».

 

À Fleur de pot

Pomme, ail & compagnie

Lundi 9 novembre 2015

On y arrive par de belles routes de campagne. On tourne à droite, puis à gauche et enfin, à travers quelques rayons de soleil automnal, la petite ferme se dessine juste à côté de la maison centenaire. À Fleur de pot est une belle entreprise québécoise qui se spécialise dans la production d’ail. Je cogne à la porte et Nelson m’ouvre : « Bonjour Gabrielle ! ». Puis, c’est au tour de Patte Blanche de me faire la bise à sa façon de gros minet. Enfin, Édith Lachapelle m’accueille à sa table de cuisine et m’explique sa passion, sa vision et son amour de l’ail. C’est qu’elle aime ce qu’elle fait dans la vie !

Édith s’occupe de son entreprise depuis de nombreuses années et son coup de cœur lui est venu comme viennent les coups de foudre. « J’ai eu un jour une belle grosse poignée de bulbe d’ail dans les mains et ça a été le déclic. Quand tu es agriculteur, c’est le légume ou le fruit qui te choisit, pas l’inverse ».

J’ai posé la question à cette femme magnifique, à savoir, ce qu’elle pense de la manière dont on cultive la terre de nos jours. Selon elle, pas de doute. Il nous faut revenir à une façon plus respectueuse de la travailler sans quoi, celle-ci ne pourra continuer à nous alimenter. Manger local s’impose, donc.

L’ail du Québec est un « superaliment » à consommer souvent ! Merci Édith de nous offrir d’aussi bons produits.